Pourquoi nos idées ne sont plus challengées

Demain tous clones ?

L’évolution de la technologie, l’accès à l’information, la multiplication de réseaux sociaux et la circulation des idées devraient nous permettre d’être plus ouverts que jamais dans toute l’histoire de l’humanité. Pourtant, force est de constater que ce n’est pas si évident que cela.

D’une part, nous devons lutter contre le fonctionnement en mode automatique de notre cerveau, mais en plus, nous devons lutter contre un accès à l’information tronqué par des IA supposées nous aider. Enfin, nous devons également faire face au contexte qui limite le nombre d’échanges que nous avons et donc la facilité avec laquelle nous pouvons confronter nos idées.

Espace de travail

Notre cerveau : notre meilleur allié et notre pire ennemi.

Notre cerveau ne représente que 2 % de notre poids, mais consomme 20 % de notre énergie.
C’est énorme et pourtant il travaille à diminuer sa consommation… en faisant des raccourcis. Un des biais les plus connus est le biais de confirmation. Plutôt que de consciemment challenger une idée, on a tendance à remarquer tout ce qui va dans ce sens. Un exemple est le fait que, quand une femme est enceinte, elle ne voit plus que des femmes enceintes ou avec un bébé. Il en va de même quand on souhaite changer de voiture et qu’on a un modèle en vue : d’un coup, on voit cette voiture partout.

La préservation de l’énergie passe aussi par le recours à des simplifications pour répondre à des questions complexes. Nous avons une tendance naturelle à simplifier un problème afin d’aller vers une réponse rapide, mais souvent erronée. Un exemple simple aurait été de poser la question suivante : « Selon vous, quel est le nombre de licenciés au tennis ? » pendant Rolland Garros. Puis de poser cette même question fin novembre.
Pendant Rolland Garros, vous serez plus à même de reconnaitre les pratiquants, de ce fait, inconsciemment, vous estimerez que le nombre de licenciés sera plus important pendant cette période (environ 1 million, pour ceux et celles qui se posent la question). 

Etant donné que spontanément vous allez « trouver » beaucoup de monde qui pratique ce sport autour de vous, vous aurez une tendance naturelle à surestimer ce nombre. En novembre, ce sport sera peu présent dans les médias et moins de personnes en parleront. Votre cerveau devra réfléchir plus pour retrouver toutes les personnes qui pratiquent autour de vous, il sera moins représenté donc, inconsciemment, vous sous-estimerez le nombre. 

De rôle des médias

Les médias augmentent la présence de ce sport dans notre environnement donc l’accès aux informations et à ce sujet deviennent plus facile pour notre cerveau. Ainsi, nous estimerons qu’un sujet est important car facilement accessible à notre mémoire. Or, il faut être conscient que la présence médiatique joue un rôle fondamental dans cette représentation.

Nos raccourcis sont donc involontairement orientés par le contexte et l’information disponible pour notre cerveau.

Les médias : source de limitation de l’information ?

Nous le savons, certains journaux ont des orientations politiques marquées (« Le Canard Enchainé » versus « Le Figaro ») et donc nous savons que la même information aura une approche différente suivant la source. Mais qu’en est-il sur internet ? Dans quelle mesure sommes-nous encore en mesure d’identifier les biais du rédacteur et de pouvoir challenger nos propres idées ?

Depuis quelque temps (2014), le clivage politique est plus marqué aux États-Unis et probablement partout dans le monde. Cela est en partie dû aux informations que nous recevons sur nos réseaux. Quand on fait une recherche sur Google, Twitter, Facebook, etc. , les algorithmes sont paramétrés pour correspondre au plus près de nos « besoins » et être en phase avec notre opinion, mais cela limite aussi la controverse.

Téléphone

Nos idées ne sont plus challengées, mais alimentées pour être confirmées par ce que nous lisons sur le web. C’est un peu comme si, d’un coup, vous choisissiez de n’être plus qu’avec des amis ayant les mêmes idées. Certes, cela est confortable et votre cerveau est content, il économise de l’énergie. Mais cela limite aussi l’imagination, l’innovation, la créativité et nous enferme dans un conformisme certain où il sera de plus en plus compliqué d’écouter une opinion contraire.

Et l’entreprise dans tout ça ?

En entreprise, le risque est grand de se retrouver également dans une bulle de pensée « identique ».

En effet, il est courant de constater qu’il y a une présence plus ou moins forte d’une école plutôt qu’une autre. L’avantage en recrutement est certain : facilité d’adaptation, rapprochement facilité par une expérience commune, etc. Dans l’absolu, cela permet d’avoir des projets plus faciles, car les méthodes étudiées étaient les mêmes, la manière de faire aussi, etc.

L’inconvénient est que le manque de diversité ne permet pas l’innovation, ne permet pas d’apporter des idées nouvelles et donc ne permet pas une adaptation rapide au contexte. Avec une équipe réellement diversifiée (genre, âge, origine, culture, école, etc.) il y a une infinité de potentialités qui se crée. En effet, les idées des uns vont nourrir celles des autres. Et là, le cerveau tourne à plein régime, s’amuse et se régale d’une nouvelle nourriture intellectuelle.

D’un coup, l’entreprise devient plus innovante, peut s’adapter, etc. ?

Oui, en théorie… mais il y a une limite : nous-mêmes.

En effet, comme je l’ai évoqué plus haut nous sommes pleins de biais et faisons des raccourcis. Il ne faut pas croire que le simple fait de lire ces lignes vous permettra de changer. Il existe un grand nombre de réflexes que nous avons tous. Les identifier permet de réellement changer les choses et permettra de créer une vraie équipe diverse. Mais ce n’est pas parce qu’il y a diversité sur le papier qu’elle peut s’exprimer.

En tant que minorité, nous pouvons à un moment ne pas nous sentir suffisamment en confiance pour nous exprimer. Ou, parfois, une remarque précédente peut empêcher d’émettre d’autres propositions. Il ne faut pas non plus oublier que l’influence du groupe peut également peser sur la liberté d’expression.

Créer un environnement favorable à l’échange est complexe.

Que ça soit sur les réseaux, à la maison ou en entreprise, rester ouvert aux changements et à la contradiction n’est pas chose aisée.
On peut facilement choisir de se taire pour éviter un conflit avec son enfant ou son conjoint. Un peu comme quand, enfant, on évitait de dire qu’on allait faire quelque chose pour éviter de se faire « gronder ». Notre cerveau fonctionne en mode « récompense-punition ». Si l’expérience a été ressentie comme négative, instinctivement le cerveau va chercher à l’éviter.

Nous avons donc une tendance inconsciente à reproduire les schémas de notre enfance… 

Le cerveau est donc notre meilleur allié pour trouver des solutions, mais également notre plus grand frein à la diversité

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